vendredi 27 octobre 2017

Où est passée l’honnêteté depuis le Général ? (1)



Écrit par Michel Psellos.

Michel Psellos nous éclaire sur ce sujet anecdotique mais représentatif des mœurs et de l’exercice du pouvoir sous la Ve République.

La règle initiale concernant la rémunération du président de la République a été fixée à l’arrivée du général de Gaulle à l’Élysée le 8 janvier 1959 : bien que les responsabilités du poste aient décuplé ou centuplé, le chef de l’État décide de ne rien modifier et conserve la même rémunération que celle de son prédécesseur René Coty, alignée sur le traitement de base du vice-président du Conseil d’État qui est le plus haut fonctionnaire français.

Le Général au régime

En ce qui concerne le régime de retraite, le Général ne prévoit rien d’autre que le droit pour les anciens Présidents de la République de siéger à vie au Conseil Constitutionnel.

Enfin, il refuse de regrouper dans un budget unique les dépenses de l’Élysée, et préfère maintenir la tradition d’une prise en charge de l’essentiel des dépenses de fonctionnement et de personnel par les ministères : la plupart des conseillers au secrétariat général de l’Élysée sont des fonctionnaires qui restent rémunérés par leur corps d’origine (Inspection des Finances, Ponts et Chaussées, etc…), les autres bénéficient d’un emploi de complaisance auprès d’entreprises publiques comme Air France ou EDF, tandis que les huissiers, serveurs ou jardiniers viennent principalement du ministère de la défense.

La rémunération des membres du gouvernement, dont les responsabilités n’ont pas changé par rapport à la IVe République même si le rôle constitutionnel du chef de gouvernement diffère, n’est pas non plus modifiée à l’arrivée de Michel Debré à Matignon : le Premier ministre voit comme le président de la République son traitement aligné sur celui du plus haut fonctionnaire français sans les primes (ce qui correspondrait aujourd’hui à une rémunération d’environ 10.000 euros par mois), les ministres viennent un cran en-dessous, les secrétaires d’État encore un cran plus bas.

La pratique des fonds spéciaux de Matignon et des enveloppes en liquides pour les primes des membres des cabinets ministériels permet aux ministres d’améliorer l’ordinaire et d’être un peu mieux payés que leurs fonctionnaires les plus chevronnés, mais il n’en demeure pas moins qu’on ne s’enrichit pas avec un traitement de ministre, sauf cas de prévarication avérée.

On raconte que Marcel Dassault, reçu un jour dans le bureau de De Gaulle à l’Élysée et impressionné par le décorum, n’aurait pu réfréner sa curiosité et lui aurait demandé en sortant : «Combien ça gagne, un président de la République ?». La légende ne dit pas si le Général prit la peine de lui répondre.

Il faut ajouter pour être complet que le traitement du président de la République n’est que de l’argent de poche, puisque le titulaire de la fonction est entièrement pris en charge par l’Élysée et dispose de plusieurs autres demeures à Rambouillet, Brégançon... dans lesquelles le couvert et la domesticité sont fournis par la République.

Le général de Gaulle n’en usa guère car il préférait passer week-ends et vacances dans sa maison de Colombey-les-deux-Églises, mais il répondit un jour à qui lui proposait de supprimer ces autres demeures présidentielles qu’il préférait les garder pour ses successeurs, afin qu’ils aillent en vacances «chez eux et non chez les autres» pour éviter d’être redevables de quoi que ce soit à plus fortuné qu’eux...

Sa veuve se contenta jusqu’à la fin de la réversion de sa retraite de général de brigade à titre temporaire, dont le montant ne lui permettait pas d’entretenir convenablement la gentilhommière de Colombey. Celle-ci est toujours la propriété de la famille et, n'étant pas classée monument historique, n'a jamais reçu un sou de l'État. Ses travaux d'entretien sont financés par les visites et, occasionnellement, l’association nationale pour la fidélité au général de Gaulle.

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