mardi 28 février 2023

Mémoires et radotages (455) – Il faut savoir dire « Je t’aime »

 

… quand il est encore temps.

Écrit le 28 février 2023

Dans le temps, on envoyait nos vœux, nos nouvelles et notre amour à notre famille par lettres… Ainsi les PTT étaient les relais de nos échanges de bons sentiments. C’est plus difficile maintenant, à l’heure d’internet, à cause de l’immédiateté des échanges qui exacerbe notre pudeur et nous empêche de nous dévoiler… Combien mes parents nous ont envoyés de lettres et de cartes d’anniversaires ???… Auxquelles je répondais par un simple coup de fil… J’étais jeune, je n’avais pas encore compris…

Mais maintenant, lorsque je vois se dessiner le futur, si tant est que la fin prochaine soit un futur… je me dis qu’il n’est que temps de franchir les murs de cette pudeur imbécile, pour dire qu’on les aime à ceux que l’on aime… Parce qu’après, ce sera trop tard…

Alors, il faut dire notre amour… mais aussi, il ne faut pas trop dire ce que nos enfants n’ont pas envie d’entendre, parce que nous n’avons pas envie de les inquiéter alors même que leurs préoccupations professionnelles sont suffisamment stressantes comme ça…

Alors, je viens d’envoyer un courriel à mon bon Kikson, en gommant ce que je voulais lui dire sur moi, sur ce que je deviens à vitesse « Grand V »…

Objet : Je t'aime très fort

De : zalandeau

A : Kikson

Mon Kikson,

 

Tu sais que je pense très fort à toi et aussi à ces deux Noëls de rêve que nous avons passé tous ensemble...

 

J'ai perdu mon temps à tenter, en vain, de faire marcher mon GPS au moment où on devait partir... au lieu d'être avec tout le monde sur le trottoir autour de la voiture pour me mêler à vos discussions... (Discussions que je n'entends pas forcément, vu ma surdité... Mais ça va s'arranger en avril : j'ai rendez-vous chez l'ORL pour avoir une prescription pour des appareils auditifs)... J'aimerais qu'on puisse venir te voir prochainement, tant que je vois encore assez clair...

 

J'espère que vous resterez tous trois unis et que vous vous entraiderez plus tard, si besoin est...

 

J'espère que ça marche dans ton travail et je souhaite que tu gravisses les échelons par ton mérite et ton savoir-faire...

 

Je suis très fier de vous trois.

 

Je pense à toi (et à tes frères), très souvent...

Je t'aime mon bon fils

 

Et je t'embrasse très fort

 

Papa

 

Et que vole, vole, ce messager cybernétique, pour porter mon amour paternel à mon fils aîné...

        

lundi 27 février 2023

Y'a pas de justice

Nous avons en France, une institution judiciaire qui devrait s'appeler l'injustice... à preuve un de ces nombreux jugements fondés uniquement sur la volonté de soumettre le peuple innocent en le culpabilisant, meilleur moyen pour qu'il reste à sa place, obéissant et servile comme un toutou... NOUS SOMMES DANS UNE PSEUDO DÉMOCRATIE MAIS RÉELLEMENT FÉODALE.

Merci à jielleaime pour son envoi (source le Figaro)

Pour avoir chassé ses voleurs, un agriculteur condamné à les indemniser 2400€ pour préjudice moral.

Nos juges ont décidé de faire rire la France entière et peut-être même au-delà, au vu de la propagation de l’information par le biais de l’internet.

Malheureusement ils sont sérieux. Cela pourrait d’ailleurs prêter à sourire si nous l’avions découvert dans un épisode des Simpson.

A la suite de cela, les voleurs décident de porter plainte. Cela démontre le culot de ces gens, culot qui il faut bien l’avouer vient des multiples exemples comme celui-ci dans notre pays.

Toutes ces personnes ayant décidé de faire du vol et du larcin leur mode de vie savent qu’ils ont avant tout des droits et ils exigent qu’ils soient respectés même si ceux-ci viennent du banditisme. Le monde à l’envers en somme.

 Donc en France si l’on vous vole, braque, viole, ou on tente de vous tuer, vous savez quoi faire. Vous ne devez en aucun cas réagir et attendre que le forfait se passe. C’est la nouvelle France que nous promettent nos élites, le pays on l’on récompense le mal.

  
Notre excellent Fernand Raynaud a bien montré le problème : " Y'a pas de justice "
 
 
       

vendredi 24 février 2023

Mémoires et radotages (453) – Taylor Corner – Mon avis les intéresse…

Écrit le 22 Février 2023

Je me suis décidé... Je n'ai jamais fait faire de costume sur mesure... Certes, il y a cinq décennies, Armand Thierry & Sigrand vendait des costumes en mesure "semi-industrielle"... Qui m'allaient fort bien et qui étaient d'une excellente qualité... Mais c'était du temps de la splendeur de l'empire... Depuis la décadence s'est installée...

Or donc,, je me suis dit " ils n'auront pas de costume potable à me passer quand je serais dans le cercueil... Il faut que je fasse quelque chose "...

J'ai donc commandé un costume en " PURE LAINE ", entièrement sur mesure, sur internet, à une boite FRANÇAISE... J'ai donné mes mesures en tant qu'expert, c'est à dire les mesures de la veste une fois finie en tenant compte de l'ampleur que je désirais... Donc cela aurait du m'aller pile-poil...

Mais la réception fut cruellement décevante. Dans le col la mention "taille 50 ample, coton" m'informait que la taille était complètement industrielle, et que la laine s'était transformée en vulgaire COTON... Il est vrai que les Chinois qui ont fabriqué ce costume (un mois, c'est le temps qu'il faut, voyage compris), ne doivent pas bien "causer la France"... Peut-être que Laine se dit Coton, chez eux ? la boite Française n'étant qu'un intermédiaire spéculatif et comme Macron ne sait que faire des promesses sans l'intention de les tenir...

Mais où ça s'est gâté, c'est  aux vérifications de mesures...

Alors j'ai repris le costume comme je l'aurais fait d'un vulgaire vêtement d'occasion...

Voici ma réponse au questionnaire qualité :


Enfin, j'ai raccourci la veste de 7 cm.

J'ai ensuite baissé la ceinture du pantalon de 4 cm (je ne pouvais pas plus à cause des poches verticales, dans lesquelles il faut bien entrer les mains).

Pour l'ampleur... Je rentre le ventre, pour ne pas faire gicler les boutons, lors d'une toux inattendue...

Voici ce que cela donne :

 

 

(Pour la tête... on me dit que je ressemble à Alain de loin, de si loin que je l’ai cachée), mais à part la tête, voilà le costume retapé par mes soins...

Mais je vais prendre mon courage à deux mains et je vais démonter la doublure et diminuer la marge de couture (ou "rentré"), qui est actuellement plus grand que 1 cm... Je vais donc obtenir l'ampleur de 3 cm sur 2 coutures soit 0,75 cm sur chaque rentré de tissu... En espérant ne pas abimer le tissu en décousant...

UN GRAND MERCI à TAYLOR CORNER QUI SONT DE PARFAITS ESCROCS ! ( - ça s'appelle la mondialisation ! Ah, bon !)


 

      


jeudi 23 février 2023

Commission d’enquête souveraineté énergétique : des auditions accablantes pour les dirigeants politiques français (3)

 

Que faire face à des technocrates qui pensent avoir la science infuse ?

Christophe Boutin : Les anciens « technocrates » ne pensaient pas avoir la science infuse : on travaillait beaucoup – parfois trop - en réseaux, comités, conseil et autres structures, justement pour cela. Nos modernes conseillers du Prince ne l’ont pas plus, cette science infuse, et auraient tout autant de difficultés à prévoir pour le long terme dans tel ou tel dossier… mais ce n’est pas leur problème : ils ont à appliquer, et non à décider. À appliquer, d’abord, ces décisions de l’Union européenne qui ligotent les nations en leur interdisant peu à peu toute vraie expression de souveraineté. À appliquer, ensuite, cette logique managériale qui est la leur, conforme aux attentes d’une finance mondialisée. Et à part quelques croyants sincèrement convaincus de la mystique de la mondialisation, la plupart ne sont jamais que de simples exécutants.

Que faire face à eux ? Je vais être provocateur en disant qu’il ne faut pas moins d’État… mais plus d’État, et, selon la formule maintenant convenue, « mieux d’État ». Seule une aristocratie d’État, composée de fonctionnaires ayant le sens de l’État et celui du Bien commun - et donc le sens de la nation -, agissant en tenant compte des aspirations profondes du peuple et sous son contrôle ultime, peut s’opposer à une telle dérive. Il serait bon que la population en prenne conscience et ne se laisse plus abuser, cessant de confondre dans une même critique les « grands serviteurs de l’État » qui ont aidé à construire le pays et les idéologues mondialistes et leur suite de petits pillards que l’on semble croiser maintenant si facilement dans les couloirs des palais nationaux.

Charles Reviens : Il y a d’un côté des responsables politiques, leurs conseillers ou des hauts fonctionnaires pour lesquels les considérations de court terme en termes de communication ou d’impact électoral dominent les décisions. Il peut y avoir d’un autre des technocrates affranchis des contraintes politiques que peuvent penser avoir la science infuse.

Le bon équilibre bien à la bonne gestion d’un débat contradictoire et argumenté entre ces tendances, ce qui peut passer par l’évaluation des politiques publique qui hélas ne passionne pas grand monde en France.

Ces nominations politiques qui ont créé la crise énergétique : le cas de l’Ademe

Certaines nominations dans les instances de décisions concernant nos choix énergétiques permettent de s'interroger sur les responsabilités politiques dans le cadre de la crise énergétique. Boris Ravignon, le maire LR de Charleville-Mézières, devrait prendre la tête de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

Guilhem Dedoyard

Qui est responsable de la situation énergétique dans laquelle nous nous trouvons actuellement ? S’il n’est pas certain que des responsabilités judiciaires puissent être déterminées, les responsabilités politiques, elles, deviennent de plus en plus évidentes. Au plus haut niveau de l’État, et dans des instances de décisions concernant nos choix énergétiques, certaines nominations, souvent politiques, éclairent les choix faits depuis des décennies, notamment à l’égard de l’énergie nucléaire. À cet égard, l’ADEME est un exemple particulièrement criant. L’arrivée de Boris Ravignon, maire LR de Charleville-Mézières, un « pronucléaire » comme le souligne Le Point, pourrait marquer un véritable tournant pour cette institution qui, jusqu’à présent, a surtout connu des directeurs plutôt hostiles à l’atome.

Pour bien comprendre de quoi il est question, il faut se replonger en 1974. Le 6 mars 1974, le gouvernement français annonce un programme de construction de treize réacteurs nucléaires, le plan Messmer. Comme le rappelait Renaud Bécot dans Le Mouvement social en 2018, « le Bureau national de la CFDT prend position contre le plan d’équipement nucléaire […] ; cette décision est justifiée par un argumentaire anticapitaliste qui s’inscrit pleinement dans l’ossature idéologique de l’organisation : le socialisme démocratique ». Bernard Laponche est l’un des principaux artisans de cette ligne. D’abord délégué CFDT au CEA, il devient délégué fédéral pour l’énergie du syndicat avant d’intégrer, lors de sa création, en 1974, l’Agence pour les économies d’énergie (AEE). Parallèlement, il se rapproche de François Mitterrand et rejoint sa campagne pour la présidentielle. Une fois élu, le président entame une réforme des organismes traitant de l’énergie. L’AEE est fusionnée avec d’autres institutions au sein de l’Agence française pour la maîtrise des énergies (AFME), qui deviendra plus tard l’ADEME. Comme l’écrit Bernard Accoyer dans Une affaire d'Etat La tentative de sabordage du nucléaire français, « l’infiltration idéologique prend alors de l’ampleur sous l’impulsion du directeur des programmes de l’AFME, un certain Bernard Laponche », qui deviendra directeur général de 1984 à 1987. Dans son livre, l’ancien président de l’Assemblée nationale souligne que « Bernard Laponche n’est pas seul, loin de là, il a des alliés dans sa vision antinucléaire. L’un des militants les plus actifs est Benjamin Dessus. Cet ingénieur est présent dès la création de l’AFME dont il est nommé directeur de la recherche et, très vite également, directeur des services techniques. » Benjamin Dessus a notamment écrit, En finir avec le nucléaire, pourquoi et comment (Seuil, 2011) mais était déjà, en 2000, l’un des auteurs du rapport relatif au coût du nucléaire commandé par le Premier ministre, Lionel Jospin.

En 1991, l’AFME devient, par fusion avec d’autres organismes, l’ADEME. Là où l’AFME était encore sous la tutelle du ministère de l’Énergie et de la Recherche, l’ADEME se retrouve rattachée au ministère de l’Environnement (notre actuel ministère de la Transition écologique et solidaire). Bernard Accoyer note ceci : « Le levier pour transformer le système énergétique français depuis le coeur de l’État s’active et va pouvoir étendre son influence sur tout le ministère de l’Environnement. Celui-ci est méthodiquement investi par des nominations ‘‘d’amis’’ bien-pensants à la tête de ses services et direction ». Les ministres de l’environnement, souvent venus des rangs écologistes, ont la main sur les nominations à la tête de l’ADEME qui se retrouve régulièrement dirigée par des anti-nucléaires déclarés. En 1991, le premier directeur de l’ADEME est Michel Mousel, membre du PSU ; il signe en 1975 dans la Tribune socialiste (n°649) un texte justifiant la décision du PSU de s’opposer au plan Messmer. Son titre : « Énergie nucléaire : des risques pour 24 000 ans ». En 1997, c’est le directeur adjoint du cabinet de Dominique Voynet, ministre de l’Aménagement du territoire et de l’environnement, qui prend la tête de l’ADEME : Pierre Radanne. Ce militant écologiste, fondateur du deuxième groupe des Amis de la Terre à Lille, est opposé au nucléaire. En 2005, dans son livre Énergies de ton siècle ! Des crises à la mutation, il propose une sortie du nucléaire civil avec les énergies renouvelables.

Au cabinet de Dominique Voynet, on retrouve aussi, à la même époque, Bernard Laponche. Il est conseiller technique pour les questions énergétiques et la sûreté nucléaire quand le surgénérateur SuperPhénix a été fermé par Lionel Jospin suite à l'accord passé avec les Verts pour former une majorité à l'Assemblée Nationale. Récemment, une vidéo datant d’un documentaire Arte de 2003 a refait surface. Dominique Voynet y explique comment elle a dupé le Premier ministre pour défendre son agenda anti-nucléaire :

L’audition Bréchet sur la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France : la vérité sans concession

Écrit par Thierry Benne 8 décembre 2022

Yves Bréchet, ancien Haut-commissaire à l’Energie atomique et membre de l’Académie des sciences, a été auditionné le 29 novembre par la commission d’enquête parlementaire visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France.

Une audition de plus de deux heures, qui sort de l’ordinaire et qui, au-delà du désastre, pointe sans langue de bois un certain nombre d’erreurs et de responsabilités, notamment chez un Président qui, depuis plus de dix ans, n’a jamais raisonné qu’en terme de communication, d’ambiguïté et de voix pour assurer son pouvoir, où l’intérêt national ne semble pas toujours prioritaire.

L’audition est tellement riche, tellement percutante que nous avons préféré, plutôt que de les paraphraser, reproduire directement en italique les propos de Monsieur Brèchet qui constituent donc le corps de cet article, auquel nous avons simplement ajouté en caractères droits les transitions et conclusions nécessaires.

Les fonctions de l’intervenant

Monsieur Brèchet se revendique comme un scientifique et un ingénieur, spécialiste de science des matériaux en général et de métallurgie en particulier et son pedigree est impressionnant, qu’on en juge plutôt :

Il a fait l’essentiel de sa carrière (1987-2012) dans le monde universitaire, Il est membre de l’Académie des sciences, ainsi que de plusieurs académies étrangères et professeur associé au Canada et en Australie. Il a occupé la fonction de Haut-Commissaire à l’Energie Atomique de 2012 à 2018, soit deux mandats de trois ans et il déclare clairement qu’il n’a pas souhaité être renouvelé en 2018 Il ajoute qu’il s’agit d’un poste prévu par la loi, poste de conseil scientifique auprès du gouvernement et de l’administrateur général du CEA, sur les missions du CEA et en particulier les missions concernant le nucléaire civil et militaire, ainsi que les questions liées à l’énergie en général. Il précise qu’il est positionné au sein du CEA, mais or la hiérarchie du CEA, ce qui lui assure une totale liberté de travail. Conseiller de l’exécutif pour les questions scientifiques et techniques concernant l’énergie nucléaire, il est membre du Comité de l’énergie atomique qui examine toutes questions relatives au CEA. Il est le conseiller scientifique et technique de l’Administrateur général du CEA pour l’orientation générale scientifique et technique du CEA. Il est responsable de la chaîne de sécurité pour l’intégrité des moyens concourant à la dissuasion et ne relevant pas du ministre de la Défense. Il est garant de la gestion patrimoniale des matières nucléaires nécessaires à la défense. Il préside le conseil scientifique de Framatome depuis 2019. Enfin, il souligne qu‘il est essentiel de comprendre que le poste qu’il a occupé au CEA est un poste de conseiller sans pouvoir décisionnel, le pouvoir de décision restant entre les mains de l’administrateur général.

L’arrêt de la FNR

Certes l’audition est riche, mais un grief capital émerge loin devant les autres : l’abandon en rase campagne de la filière à neutrons rapide qu’il présente très simplement comme savent le faire les grands scientifiques : La clé de voûte de cette stratégie était, identifiée dès les années 70, c’était la filière à neutrons rapides qui permettait, le moment venu, de requalifier des déchets en ressources, et d’assurer l’indépendance du pays en termes de ressources en uranium. On a alors un « nucléaire durable », qui n’utilise aucune ressource naturelle par définition épuisable, et résout la question des déchets. Un système circulaire pratiquement parfait et à émission de gaz à effet de serre minimal, Cette filière à neutrons rapides où la France était pionnière vient d’être abandonnée (en 2018) par une décision à courte vue qui restera dans l’histoire comme un modèle de stupidité ou de cynisme. Il est donc important de comprendre comment la cohérence d’une stratégie industrielle a cédé la place à l’opportunisme d’une stratégie de communication.

Cette décision, faisant suite à une série de renoncements concernant le parc électronucléaire, est emblématique de la disparition de l’Etat stratège en matière énergétique, et de la transition d’un « État stratège » vers un « État bavard ». Elle est aussi révélatrice d’une désinformation continue concernant cette filière, désinformation acceptée par l’État, quand elle n’est pas organisée par lui. La politique énergétique du pays a été décidée par un « canard sans tête », la chaine de décision publique est désastreuse. L’analyse scientifique des dossiers était systématiquement ignorée, broyé par un effet de cour qui était au service des gouvernants plus qu’au service du pays.

L’arrêt du programme ASTRID a été pris au plus haut niveau de l’exécutif (Président de la République et Premiers Ministres). Toutes les informations étaient disponibles, et ont été sciemment ignorées. Je ne sais pas si c’est pour des questions budgétaire (faire un investissement dont l’utilité de fera sentir d’ici une ou deux décennies) ou des raisons idéologiques (pari de pouvoir sortir du nucléaire, et donc inutilité du nucléaire durable). Dans le premier cas, c’est un raisonnement de chef comptable (les comptables n’ont jamais eu bonne presse !) qui n’est pas à la hauteur de politiques devant avoir une vision à long terme. Dans le second cas, c’est de l’inconscience de « sauter d’un avion en pariant qu’on aura tricoté le parachute qui évitera de s’écraser au sol ».Quelle que soit la cause de cette décision, elle relève pour moi d’une faute historique grave contre les intérêts de notre pays, une destruction de souveraineté énergétique patente, puisque les réacteurs à neutrons rapides, en brulant les 300 000 tonnes d’Uranium enrichi, nous auraient assuré des siècles d’indépendance énergétique…/…L’abandon de la filière avec l’arrêt d’Astrid est plus qu’une erreur, c’est une faute grave. Il est très important de comprendre que la filière à neutrons rapides est la clé de la fermeture du cycle, que la fermeture du cycle est la clé d’un nucléaire durable et indépendant en termes de ressources, qu’à ce titre c’est un outil de souveraineté nationale du point de vue énergétique et du point de vue industriel. Et surtout on comprend bien pourquoi les Verts n’en voulaient à aucun prix, puisqu’il leur retirait définitivement l’argument de peur et de culpabilité attaché au sort des déchets.

Les incohérences

La doctrine de libéralisation des marchés appliquée à un produit (l’électricité) dont la nature non stockable est à ce jour encore incontournable, et la démission des États européens face au besoin pourtant croissant de fournir à tous les citoyens une énergie à bon marché, a conduit à une déstructuration qui a pour conséquence une situation économiquement et politiquement intenable (prix négatifs, déstabilisation des réseaux)…/…La gestion de l’intermittence des Énergies renouvelables et leur déploiement massif conjugué avec la perte de capacités pilotables, à plusieurs fois signalée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, conduit à une dépendance grave vis-à-vis du gaz, au niveau européen, qui présente un risque géopolitique grave.

L’histoire récente nous en donne la preuve. L’électricité générée par le nucléaire est essentiellement décarbonée. Dans une optique de lutte contre le réchauffement climatique, il est absurde de dépenser des milliards pour décarboner une électricité déjà décarbonée…/… Ces constatations sont autant de signes que l’analyse scientifique et technique a déserté les rouages décisionnels de l’État.

Les responsables

Le prix à payer pour ces erreurs historiques sera lourd. La destruction, à l’heure même de l’urgence climatique, de ce qui a été un fleuron industriel du pays et qui constitue un de ses meilleurs atouts dans la lutte contre le dérèglement climatique, l’absence de stratégie claire dans le domaine électronucléaire en ce qui concerne le remplacement du parc, le sacrifice d’outils industriels amortis et au fonctionnement sûr …/.., relèvent au mieux de l’ignorance , au pire de l’idéologie…/…Elle est aussi révélatrice d’une désinformation continue concernant cette filière, désinformation acceptée par l’État, quand elle n’est pas organisée par lui. Cette filière à neutrons rapides où la France était pionnière vient d’être abandonnée (en 2018) par une décision à courte vue, qui restera dans l’histoire comme un modèle de stupidité ou de cynisme.

Inversement, la procrastination sur toutes les décisions concernant le nucléaire, la politique d’annonce dans l’attente des décisions concrètes de mise en chantier, montre une ignorance stupéfiante de l’inertie intrinsèque des industries lourdes et de la nécessité d’une vision stable à long terme pour conserver au bon niveau un outil industriel. Les causes ? La première est l’inculture scientifique et technique de notre classe politique. La seconde est le rôle des « conseillers techniques » dans les cabinets ministériels. Quel que soit le prestige de leur diplôme, ils se retrouvent à conseiller sur des sujets qu’ils ne maitrisent généralement pas un ministre qui ne se pose même pas la question. Leur premier souci sera trop souvent de ne dire à leur ministre que ce qu’il a envie d’entendre pour ne pas nuire à leur carrière à venir. Il n’est guère surprenant que lesdits conseillers n’aient qu’un enthousiasme limité à réunir un comité à l’énergie atomique qui aurait tôt fait de mettre à jour leur lacunes.

La politique énergétique du pays a été décidée par un « canard sans tête », la chaine de décision publique est désastreuse. L’analyse scientifique des dossiers était systématiquement ignorée, broyée par un effet de cour qui était au service des gouvernants plus qu’au service du pays. L’arrêt du programme ASTRID a été pris au plus haut niveau de l’exécutif (PR et PM). Toutes les informations étaient disponibles, et ont été sciemment ignorées…/. On doit admettre que les tergiversations multiples des gouvernements successifs dans la politique nucléaire ont grandement endommagé la réputation de la France comme partenaire fiable.

Les Français responsables, vraiment ?

Assurément le réquisitoire, aussi argumenté que documenté, est accablant. Il souligne notamment sur de très longues années (avant d’être élu Président de la République, E. Macron avait en effet conseillé son prédécesseur durant tout son mandat) un défaut total de logique industrielle et de bon sens tout court. Avec le souci prioritaire pour capter et conserver l’appui des Verts de « casser » la souveraineté énergétique, du pays en installant à marche forcée les chimères d’une nouvelle énergie, dont le caractère renouvelable ne saurait cacher qu’elle est surtout non pilotable. Ce qui en fait au mieux une énergie d’appoint puisque chaque éolienne, chaque panneau solaire suppose dissimulé un peu plus loin et même parfois beaucoup plus loin, l’existence d’un complément thermique ou nucléaire destiné à compenser leurs inévitables à-coups.

Apte à capter le pouvoir et à le conserver, notre Président n’est visiblement pas à l’aise dans la manière de l’exercer. On y discerne trop souvent un manque criant de stratégie, que favorise, c’est vrai, le fameux « en même temps » : en tout cas, l’arrêt de la filière Astrid n’est pas la seule lampe qui clignote en rouge sur le tableau de son passif où tout ce qui touche au régalien figure en bonne place. Certes le Président n’est pas responsable les désordres révélés sur certaines tubulures sensibles des réacteurs, mais quand elles affectent brusquement plus de la moitié de notre parc nucléaire, on peut s’interroger sur la qualité et la vigilance de la maintenance mise en place. On peut aussi se demander pourquoi en pleine crise énergétique on a laissé, sans prendre les réquisitions nécessaires, perdurer la grève d’une poignée d’électriciens, qui non seulement ont coûté 2€ milliards de pertes au pays, mais l’ont exposé sciemment en outre à un risque supplémentaire de coupures pendant l’hiver à venir. On ne comprend pas davantage comment, en récompense de ce forfait, le personnel de l’entreprise a obtenu illico une augmentation de près de 9,50% de la masse salariale, comme si le pouvoir de nuisance comptait plus dans notre République que le respect du service fait. Sur un autre plan, mais avec des effets également désastreux, la fermeture définitive de Fessenheim, a été une faute grave que n’excuse pas la double servilité de notre Président face au chantage des Verts et aux injonctions de la Chancelière Merkel qui, elle ne se gênait pas pour empuantir l’Europe avec ses centrales à charbon. Enfin, les désordres et les délais incroyables qui se sont accumulés sur l’EPR de Flamanville, comme sur l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, confirment bien qu’il manquait un pilote dans l’avion.

Par ailleurs on remarque que sur le double plan de la démagogie et du défaut total d’anticipation, les deux derniers Présidents de la République, mais aussi Elisabeth Borne, avant qu’elle ne devienne Première Ministre (l’encart ci-dessous montre qu’elle sait toujours prendre le sens du vent), comme tous les Premiers Ministres qui l’ont précédée ces dix dernières années, comme aussi les Verts et leur phobie idéologique du nucléaire, tout ce beau monde courait vaillamment dans la même équipe qui réclamait stupidement une énergie décarbonée, comme si le plus sûr moyen de décarboner une énergie était de la supprimer. Ajoutez-y la dose qu’il faut de conseillers techniques incompétents, apeurés et courtisans que dénonce sans concession le Haut-Commissaire et vous obtiendrez une sorte de longue mise en berne de notre outil nucléaire, dont nous n’avons pas fini de payer le prix.

Alors les fautes sont tellement nombreuses et tellement graves qu’une fois de plus, le pouvoir refuse à la fois de les reconnaître et partant d’en assumer la responsabilité, même si son récent revirement à 180 degrés confirme bien qu’il était auparavant dans l’erreur et le déni. Mais comme toujours, il a trouvé un bouc émissaire, toujours le même : le peuple, c’est-à-dire vous et moi qui, face aux coupures à venir (lesquelles, soit dit en passant, ne devaient jamais arriver, le Président nous l’avait assuré), devons-nous montrer une fois de plus responsables ! De quoi, me direz-vous ? Allons réfléchissez un peu, faites un effort, souvenez-vous, ce n’est pas si vieux : qui donc un dimanche de printemps en 2017 et en 2022 a élu et réélu ce Président de la République, précisément parce qu’il avait solennellement promis au peuple de le protéger ?

         

mercredi 22 février 2023

Commission d’enquête souveraineté énergétique : des auditions accablantes pour les dirigeants politiques français (2)

Suite

Croire au tout renouvelable est-il encore rationnel ?

Certains restent aujourd’hui convaincus que l’avenir repose sur un mix énergétique 100% renouvelable. Ne pouvant nier l’intermittence du vent (23% du temps) et du soleil (14% du temps) ils misent d’une part sur un large déploiement géographique des ENR (il y aura toujours du soleil à Séville quand il n’y aura pas de vent à Bruxelles ou à Berlin !) accompagnés par un réseau européen intelligent ainsi que sur le stockage massif par batterie. Si le modèle peut apparaître séduisant sur le papier il s’avère dans les faits complètement irréaliste et surtout très risqué. D’une par le nombre d’équipements à mettre en oeuvre serait délirant et d’autre part la météo européenne n’est pas suffisamment diversifiée. Ainsi début décembre il n’y avait de vent ni à Madrid ni à Copenhague tandis que depuis la mi-décembre il y en a beaucoup trop et partout. Miser sur l’extension géographique est un leurre évident. Quant aux batteries, si elles peuvent améliorer la situation en effectuant du stockage journalier voire hebdomadaire, elles ne pourront effectuer du stockage saisonnier (i.e. accumuler de l’électricité solaire en été pour l’utiliser en hiver). En dehors des intermittences, l’autre problème des ENR est l’effet d’échelle : quantité d’équipements, surface au sol ou encore taille gigantesque des batteries. On ne remplace pas impunément des énergies très concentrées comme l’atome 10 grammes d’Uranium suffisent à fournir un an d’électricité à une famille française !), le pétrole ou le gaz par des énergies très diluées comme le vent et le soleil ! En 2050 les ENR ne dépasseront pas 30% à 35% du mix électrique. Le reste ce sera soit du nucléaire soit du gaz…il faudra choisir !

Toutes les énergies renouvelables se valent-elles ?

Derrière l’utopie du 100% renouvelable se cache l’antinucléarisme des Verts qui remonte au début des trente glorieuses. Avant de s’intéresser à « Dame Nature », les écologistes ont d’abord été pacifistes. S’opposant frontalement à la prolifération des armes nucléaires et à la guerre du Vietnam, leur antinucléarisme civil a émergé de la « contre-culture » venue d’outre-Atlantique. Si EELV utilise aujourd’hui de façon tactique des arguments sécuritaires (risque nucléaire, traitement des déchets) ou économiques (coût des EPRs et du grand carénage), leur antinucléarisme repose toujours sur un « chromosome » pacifiste. Comme le confirmait Yannick Jadot dans son discours fondateur de Lyon le 29 janvier 2021, l’opposition des Verts au nucléaire « n’est ni technique ni climatique, elle est politique en plus d’être morale ». Un discours similaire émerge de l’écologiste belge Gorges Giliknet signant en 2022 dans le journal La Meuse un article intitulé « le nucléaire peut être utilisé comme une arme, pas le vent et le soleil » ou de la ministre belge Ecolo de l’Energie Tinne Vanderstreaten déclarant que « fermer la filière nucléaire belge c’est aussi mettre fin aux armes nucléaires ».

Opposés au nucléaire, les Verts misent donc officiellement sur le 100% renouvelable tout en sachant que cette stratégie fera exploser la demande gazière et donc les émissions de gaz à effet de serre. L’antinucléarisme vert efface donc l’objectif climatique : selon l’ancien ministre de l’environnement Brice Lalonde : « Au sein du mouvement écologiste [accepter le nucléaire] c’est une peu comme demander à un chrétien de renier à la Bible ».

En se laissant imposer le dictat Vert [surtout allemand] via le Green Deal européen, la France renonce de facto…à ses ambitions climatiques. En misant sur les renouvelables aux dépends du nucléaire elle choisit implicitement le gaz comme source pilotable. Elle risque donc de voir ses émissions de CO2 qui étaient parmi les plus faibles d’Europe augmenter au cours des futures décennies.

Quels sont les autres pièges intellectuels dans lequel tombe ce projet de loi ?

Voter une loi pour accélérer des procédures n’apparaît jamais comme un message particulièrement démocratique. « Mangeant à tous les râteliers », la majorité parlementaire relative devrait assez facilement trouver à Gauche les voies qu’il lui manque. Un coup à droite (pour les retraites) un coup à gauche (pour les ENR) Emmanuel Macron reste inexorablement fidèle à sa politique du « en même temps ».

D’autre part, la loi balaye d’un revers de main la principale nuisance relative aux renouvelable : la valeur du foncier fortement affecté par la construction d’éoliennes notamment. Une étude pour le moins étonnante de l’ADEME stipule « qu'un mât d'éolienne ne ferait fléchir que de 1,5 % le prix du m2 et ne changerait rien à sa valeur au-delà ». Mais qu’en est-il quand les éoliennes sont à moins de 500m. Selon certaines associations de riverains la décote peut atteindre 30% à 50%. Qui accepterait d’acheter une maison au pied d’une éolienne ?

La loi ne stipule pas non plus que si le vent et le soleil appartiennent à tout le monde, les matériaux nécessaires aux renouvelables sont encore plus mal distribués sur la planète que le gaz et le pétrole. Ainsi, l’Europe ne produit aucun métal critique (cuivre, lithium, cobalt, métaux rares) tandis que 90% des éoliennes et des panneaux solaires sont manufacturés en Chine.

L’empressement à voter à la hâte cette loi sur les renouvelables n’augure rien de bon car en parallèle aucune loi sur le nucléaire (les 14 EPR promis par E. Macron dans son discours de Belfort) n’est pour l’instant dans les cartons. La loi en vigueur suppose toujours qu’à l’horizon 2035, aucun nouveau réacteur sera construit tandis que 14 existants seront arrêtés.

Marché de l'électricité : un "scandale" selon le secrétaire du Comité social et économique d'EDF

Par Raphaël Marchal, le Mardi 17 janvier 2023 à 14:00, mis à jour le Jeudi 19 janvier 2023 à 15:09

Le secrétaire du Comité social et économique central (CSEC) d’EDF, Philippe Page Le Mérour, auditionné à l'Assemblée nationale, a dénoncé le "scandale" du marché de l'électricité, appelant à déroger aux règles européennes et à suspendre l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique (Arenh).

C'est un constat amer que Philippe Page Le Mérour est venu livrer sur EDF. Auditionné, mardi 18 janvier, avec d'autres représentants du Comité social et économique central de l'entreprise, par la commission d'enquête sur la perte de souveraineté énergétique de la France, le secrétaire du CSEC n'a pas mâché ses mots, torpillant aussi bien la gouvernance de l'entreprise publique que les choix politiques effectués au cours des dernières décennies.

Plus personne n'est responsable du service public de l'électricité en France.

Philippe Page Le Mérour, secrétaire du CSE central d'EDF

"La marchandisation de l'électricité a abouti à une déresponsabilisation des acteurs. Plus personne n'a de vision du service public de l'électricité", a-t-il martelé, revenant par le détail sur les étapes de la déréliction de l'entreprise publique, qui n'est, selon lui, en rien due à la fatalité, mais bien à la logique de marché.

Suspendre l'Arenh

Pour inverser la tendance, Philippe Page Le Mérour préconise un traitement de choc. À savoir, la suspension de l'Arenh, le mécanisme de l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique, qui impose à EDF de vendre à ses concurrents son électricité nucléaire à un prix déterminé. Ce mécanisme "abominable fait travailler les salariés et les agents d'EDF pour la sous-traitance", a-t-il jugé, suivant là les constatations d'anciens PDG de l'entreprise.

Le représentant du personnel a également plaidé pour immédiatement déroger aux règles européennes, en fixant un tarif réglementé de l'énergie (TRV) uniquement basé sur le mix énergétique français, ce qui permettrait selon lui de diviser son prix par trois. "Il faut avoir cette dérogation pour maîtriser l'inflation, [...] pour sauver les artisans et les entreprises qui souffrent d'un tarif qu'ils n'ont pas à payer. C'est un véritable scandale ! [...] Au nom de règles trafiquées sur le marché de l'électricité, on fait souffrir tout le pays."

"Dans quel autre système économique un produit est vendu 10 fois son prix, à part la mafia ?", a-t-il questionné. Philippe Page Le Mérour s'en est également pris à l'Allemagne, coupable à ses yeux de faire la pluie et le beau temps à Bruxelles et qui aurait "baladé" la France depuis le traité de Maastricht en matière d'énergie. "On est vraiment les dindons de la farce", s'est-il agacé, jugeant que les agents d'EDF "travaillent en 3x8 pour sortir un produit à 42 euros que les concurrents revendent 500 balles".

Une logique de "boutiquier"

Philippe Page Le Mérour n'a pas manqué d'égratigner le comportement des dirigeants d'EDF à compter des années 2000, durant lesquelles la libéralisation de l'électricité a commencé à opérer. "Le début de la fin", pour le secrétaire du CSE central. Dès lors, chacun a géré en "boutiquier", a-t-il regretté, avec pour seule motivation l'appât du gain.

Depuis 1946, EDF a connu deux périodes : une de 50 ans de monopole public au service du pays, et une de libéralisation où elle a été fragilisée, pillée, spoliée, et où elle est de moins en moins à même de répondre aux exigences de service public.

Philippe Page Le Mérour, secrétaire du CSE central d'EDF

Selon lui, c'est à cette époque que les dirigeants ont tenté des "paris dignes du casino à l'international, faisant perdre des milliards à l'entreprise". Durant cette période, entre 2006 et 2009, la dette a été multipliée par trois, sans qu'il n'y ait d'investissement sur le réseau, le phénomène de sous-traitance et de filialisation aboutissant dans le même temps à une perte de compétences techniques, qu'EDF "paye encore aujourd'hui".

Philippe Page Le Mérour a également reproché aux dirigeants la fermeture des centrales thermiques d'Aramon, du Havre et de Porcheville, dictées selon lui par de pures logiques financières, EDF ayant jugé les coûts fixes trop élevés. Sans imaginer que ces dernières auraient pu aider à piloter le pic de consommation hivernal quelques années plus tard, dans un contexte de crise énergétique. "Ces choix ont été faits à l'encontre du bon sens."

"Reprendre la main"

Au-delà du constat, Philippe Page Le Mérour a plaidé devant les députés l'impératif de refaire d'EDF un service public. "Soit on laisse EDF gérée comme une boutique, et on continuera à avoir des projets alimentés par des banques d'affaires avec la bénédiction bruxelloise, soit la nation reprend la main sur le service public de l'énergie", a-t-il affirmé.

Pour ce faire, et alors que l'exécutif a annoncé la renationalisation totale d'EDF, il a exhorté le Parlement à examiner une loi dédiée qui fixerait en toute transparence les moyens et objectifs du service public de l'électricité, sur le modèle de la proposition de loi du groupe Socialistes et apparentés, qui sera examinée lors de sa journée d'initiative parlementaire, le 9 février. "On vit une étatisation d'EDF par OPA dictée par des banques d'affaires, pas une nationalisation", a-t-il critiqué, appelant à ce que le texte précise également la gouvernance de l'entreprise. "Et la gouvernance, ce n'est pas un conseil d'administration confiné."

Le ministre Caprice et son conseiller Lubie : (Bien) Pire que le gouvernement des experts, celui de la science infuse des technocrates français

Plusieurs des personnalités auditionnées par l’Assemblée nationale dans le cadre de la Commission d’enquête sur la souveraineté et l'indépendance énergétique ont souligné à quel point l’inculture scientifique et l’indifférence aux experts caractérisent nombre de décisions politiques.

Christophe Boutin et Charles Reviens

Atlantico : Plusieurs des personnalités auditionnées par l’Assemblée nationale dans le cadre de la Commission d’enquête sur la souveraineté et indépendance énergétique ont souligné à quel point l’inculture scientifique et l’indifférence aux experts caractérisent nombre de décisions politiques. A quel point ce constat est-il juste ?

Christophe Boutin : Qu’il y ait chez les politiques une inculture scientifique n’a en soi absolument rien de surprenant, et moins encore de répréhensible. On ne peut pas tout savoir sur tout, et dans les parcours qui les ont conduits à exercer leurs fonctions il est rare que les politiques aient, d’abord, suivi une filière scientifique, et l’aient fait assez longtemps ensuite pour acquérir une véritable expertise. Quant à l’indifférence aux experts que vous évoquez, il est permis de la relativiser au regard de la manière dont l’expertise scientifique a été utilisée, et même surutilisée lors de la crise du Covid.

D’un côté donc, pour ce qui concerne l’énergie, et notamment l’usage de l’énergie atomique, les politiques ont donné l’impression de décider sans véritablement analyser les rapports d’expertise transmis, ou même d’aller à l’encontre des préconisations des auteurs des rapports. De l’autre, nous avons vu dans le cadre de la crise sanitaire des politiques s’abriter derrière les analyses faites par les différents comités scientifiques pour justifier leurs choix.

Y a-t-il un point commun entre ces deux aspects des choses, qui nous permettrait d’avoir une vision plus claire de ce qu’est aujourd’hui la politique ? Oui, si l’on émet l’hypothèse selon laquelle les experts ne servent plus guère qu’à permettre de justifier en tant que de besoin des choix qui ne doivent rien… à l’analyse des rapports et expertises. En suivant cette hypothèse, on peut penser que dans les deux cas, en matière énergétique comme en matière sanitaire, le politique a fait ses choix en pensant à ses intérêts propres – à son électorat, à ses alliés politiques, à lui-même, pour ne pas voir engager sa responsabilité, et aux intérêts qu’il estime juste de servir.

En mettant sous le boisseau les projets de développement de l’énergie nucléaire, contrairement à l’avis des responsables de la filière, le pouvoir politique fait peut-être partiellement au moins ce qui relève de son rôle : un arbitrage entre deux perspectives, toutes deux défendues par des experts, celles du nucléaire et des énergies renouvelables. Mais il fait aussi un choix politique, pour séduire une partie de l’électorat et stabiliser sa majorité ; il fait encore un choix plus ou moins obligé au vu de la pression des textes européens et de la volonté de notre si pesant voisin d’outre-Rhin ; il fait enfin un choix dont il n’ignore pas qu’il va profiter à de nouveaux industriels… et surtout à quelques banques et fonds de pension.

Dans le cas de la crise sanitaire, là encore, le politique savait parfaitement ce qu’il voulait faire. D’abord, éviter toute mise en cause de sa responsabilité future, et les avis des experts ont servi de boucliers derrière lesquels s’est réfugié le pouvoir politique. Parallèlement, le caractère radical des préconisations de certains experts lui permettait de renforcer le contrôle de la population – y compris par des textes posant de vraies questions en termes d’atteintes aux libertés publiques -, un choix depuis longtemps envisagé certains politiques.

Concluons. Le politique est par définition le lieu du choix… politique, et ce dans un monde où n’existe quasiment jamais d’unanimité scientifique, et où toute option a ses bons et ses mauvais côtés. Ce choix entre divers possibles, tous étayés par des rapports, est l’essence de la fonction, et conduit nécessairement à écarter certaines expertises, soit au profit d’autres expertises, soit au profit d’autres considérations, touchant à l’intérêt général ou au Bien commun. On comprend le regret des experts écartés, d’autant plus vif lorsque l’on constate ensuite avec eux que le politique s’est trompé, mais ce n’est jamais aux experts de

décider seuls dans une démocratie. Et il faut rappeler que l’on peut se tromper de bonne foi, et que nul n’est parfait – pas plus le décideur que les procureurs à la petite semaine qui l’accablent s’il faillit.

Mais puisque c’est bien le politique et nul autre qui est au coeur de la décision, quand il fait en toute connaissance de cause un choix contre l’intérêt de la collectivité dont il n’est jamais qu’un représentant ; quand, notamment, il contribue à en altérer la souveraineté, et donc l’existence réelle ; quand il sacrifie le Bien commun à des combinazione à la petite semaine ; quand l’erreur flirte dangereusement avec la haute trahison de l’intérêt supérieur du pays, alors, et quand bien même trouverait-on des expertises pour lui servir de caution, c’est bien au politique qu’il faudra demander de rendre des comptes.

Charles Reviens : Dans le contexte présent d’une crise énergétique inédite, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale « visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance de la France », les propos des deux derniers Haut commissaires à l'énergie atomique successifs sont particulièrement utiles pour comprendre l’apparent découplage entre décisions politiques et compréhension de l’environnement et des impacts scientifiques.

Patrick Landais, l’actuel titulaire d’un poste n’assurant pas la direction exécutive du commissariat à l’énergie atomique et doté statutairement d’une forte indépendance, indique ainsi n’avoir jamais été sollicité par les ministres ou leurs conseillers en dépit de ses propositions répétées. Son prédécesseur Yves Bréchet est encore plus clair dans sa présentation des faits : deux réunions en six ans du comité à l’énergie atomique, absences de retours sur les rapports techniques ou les avis de l'Académie des sciences. Il met en avant comme éléments d’explication :

Le remplacement de la cohérence de stratégies technologiques et industrielles par l’opportunisme des stratégies de communication ;

L’inculture scientifique de la haute fonction publique et du personnel politique manquant même des éléments de cadrage les plus élémentaires sur l’état des sciences et technologies ;

Les limites des conseillers des ministres sur le cadrage scientifique des décisions politiques, du fait à la fois des limites de leur formation et parce que « leur préoccupation première est de ne dire à leur ministre que ce qu’il a envie d’entendre, pour ne pas nuire à leur carrière à venir » ;

L’impératif de repenser de fond en comble l’instruction scientifique et technique des dossiers politiques.

Ces arguments évoqués dans le cadre des problèmes de la filière énergétique et électronucléaire semblent décrire correctement une réalité plus large.

Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ?

Christophe Boutin : Puisque les erreurs sont essentiellement liées aux choix politiques, c’est à ce point qu’il faut s’intéresser. On en est peut-être arrivé là en permettant au pouvoir de fonctionner facilement en roue libre, sans réelles possibilités de remise en cause des choix par les citoyens. Sans doute serait-il souhaitable que certains grands dossiers, portant sur des questions essentielles pour la vie de la nation – et notamment celles qui touchent à sa souveraineté -, puissent être plus facilement soumis au peuple souverain par la voie du référendum. À tout le moins peut-on souhaiter qu’ils fassent l’objet de véritables débats parlementaires.

La manière dont le gouvernement entend promouvoir aujourd’hui le développement accéléré des énergies renouvelable – énergies sur la mise en place desquelles il y a un débat scientifique et des expertises contradictoires – est révélatrice. On verra dans les semaines qui viennent s’il y a une possibilité de débat sur ce sujet au parlement.

Quant à l’épisode de de la crise sanitaire, on attend encore le véritable débat sur ce qui s’est passé, avec un examen détaillé des choix qui ont été faits, et les conséquences de ce retour d’expérience pour les choix à venir dans des situations comparables.

Veillons cependant à ce qu’il s’agisse d’un dialogue et d’un contrôle politique, et évitons autant que faire se peut l’engagement de la responsabilité pénale des politiques au sujet de choix difficiles et délicats. Il doit y avoir un droit à l’erreur : évitons d’être trop durs sur certains choix finalement secondaires, pour nous montrer ensuite si faibles pour en analyser d’autres, bien plus importants.

Charles Reviens : Comme souvent évoqué à l’occasion de la crise covid, les considérations de communication politique et électorale l’emportent en France depuis de nombreuses années sur l’efficacité de l’action publique ou la recherche du bien commun. L’explication d’une décision politique (pass sanitaire, pass vaccinal) par des considérations électorales est beaucoup plus aisée que par la recherche de la plus grande efficacité. Pour le nucléaire on explique bien mieux que par toute analyse d’impact scientifique et technique l’arrêt de Superphénix par le gouvernement Jospin comme gage de la coalition de la majorité plurielle, l’arrêt de la centrale de Fessenheim par l’accord de François Hollande avec EELV ou la réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique pour arrimer Nicolas Hulot ou l’électorat écologiste au sens large.

On ne peut en outre que constater en France dans l’opinion et donc dans le personnel politique et médiatique ou les groupes activistes le poids de l’écologie politique et du principe de précaution au détriment de la croyance en la science ou du progrès technique. On peut citer l’opposition aux OGM dans les années 2000 ou le fait que la seule recherche (même pas l’exploitation des gaz de schiste) soient interdites en France.

Il faut noter en sens inverse que les pouvoirs publics savent mobiliser les comités scientifiques quand cela est utile à la cause, à l’instar du conseil scientifique covid en 2020 et 2021.

Quelles sont les conséquences de ce comportement de l’appareil d’Etat et des technocrates ? A quel point cela aboutit-il à des contreperformances voire des désastres en termes de politiques publiques ?

Christophe Boutin : Les contre-performances actuelles sont-elles dues à « la technocratie » ? Encore faut-il des précisions. Ce que l’on appelle classiquement la technocratie, déjà présente lors de la crise des années 30, puis sous Vichy, qui réapparaît après-guerre, notamment en lien avec la création de l’École nationale d’administration, doit être mise en parallèle avec les grands corps de l’État, scientifiques (Polytechnique, les écoles des Mines ou des Ponts), juridiques (le Conseil d’État), ou institutionnels (le Quai d’Orsay, la préfectorale). Et il serait préférable de parler ici de haute administration plutôt que de technocratie, terme devenu très largement polémique et évoquant une réunion de super-rond-de-cuirs coupés des réalités.

Ces grands corps de l’État, qui, pour certains, dataient rappelons-le de la monarchie, étaient l’ossature administrative de la nation, sa constitution administrative, et a largement contribué au développement de notre pays, notamment dans les fameuses « 30 glorieuses » - même si le terme peut aujourd’hui être remis en cause. Ils ont entre autres permis de forger les éléments de notre souveraineté nationale dans bien des domaines - de l’industrie, de la défense, de l’énergie bien sûr, ou de l’autosuffisance alimentaire.

Ce à quoi nous assistons de nos jours est bien autre chose qu’une captation du pouvoir par la haute administration, contrairement à ce que pensent certains. C’est même tout l’inverse. Les choix actuels sont ceux d’une oligarchie qui s’est emparé de l’État et qui travaille non plus sur la base des avis des instances étatiques, mais sur ceux des fameux cabinets de conseil privés – et généralement étrangers. Parallèlement, cette oligarchie a décidé le démantèlement de notre haute administration – et, derrière, de notre État. Un démantèlement qui passe par la fin des grands corps, du recrutement au Quai d’Orsay à la fusion de l’ENA dans une sorte de gloubi-boulga administratif, en attendant que le même sort soit réservé aux grands corps scientifiques.

Certes, la haute administration n’était pas parfaite, certes elle s’est crue toute-puissante et a parfois oublié les citoyens dans une dérive autiste, mais elle aura plus rarement oublié l’intérêt national. Au contraire, la pseudo élite au pouvoir applique des thématiques managériales incompatibles avec notre tradition administrative pour vendre à la découpe ce que les Français avaient construit par l’impôt des générations antérieures, transférant au secteur privé les éléments rentables, mais laissant aux contribuables le soin d’abonder au financement des autres.

Cette différence de culture peut s’expliquer en partie par une nouvelle compénétration entre secteurs public et privé. Il est vrai que la haute administration d’avant ne passait pas son temps à valoriser son CV en allers-retours entre le privé et le public, vendant un jour au privé le carnet d’adresses constitué dans le public, ou lui expliquant comment contourner les textes que l’on a soi-même rédigés. Elle s’explique aussi sans doute par les contraintes des textes européens et leur réglementation de la déréglementation… Mais dans les deux cas, et au-delà, elle traduit surtout le triomphe parmi nos dirigeants d’une idéologie qui substitue à l’ancien idéal de l’intérêt national et de la souveraineté un mythe de la mondialisation heureuse dont il semble bien, dans les faits, qu’il ne serve que les intérêts de quelques-uns.

Charles Reviens : Depuis 2020 les crises successives ont mis en lumière des dysfonctionnements majeurs dans des domaines durablement considérés par l’opinion publique comme des acquis ou des atouts français comme le rappelle Jérôme Fourquet dans un article du Figaro :

- faiblesses de l’hôpital public et du système de santé apparue avec la saturation répétée des services d’urgence lors la pandémie covid-19 ;

- incapacité technologique à développer un vaccin dans les délais de la crise (le vaccin Sanofi est désormais disponible mais deux ans après les autres) ;

- niveau des moyens et des stocks de l’appareil militaire ;

- crise d’approvisionnement énergétique de l’automne-hiver 2022-2023.

On peut rajouter les enjeux de la compétitivité française problématique au regard des chiffres des comptes extérieurs particulièrement dégradé du fait de la dégradation des termes de l’échange notamment dans le domaine énergétique.

La faiblesse des validations scientifiques des décisions politique est un facteur parmi de nombreux autres d’une situation difficile que certaines commentateurs ou acteurs de la vie politique voient comme la manifestation d’une tiers-mondisation en cours du pays.